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LETTRE DE TEMPS RÉELS N°89 dimanche 26 février 2006 , par Julien Bézille Imprimer cet article | Cet article au format PDF Aidée en cela par quelques professionnels de la communication interactive, l’UMP développe, avec constance, une stratégie offensive tendue vers la constitution de fichiers et largement sous-traitée à des prestataires spécialisés. L’UMP n’hésite pas à acheter des fichiers d’adresses commerciaux et des liens sponsorisés sur Google. L’UMP a mis en place, il y a deux ans, une procédure d’adhésion directe en ligne. Celle-ci représenterait aujourd’hui près de 14 % des renouvellements de carte et des adhésions. Par certains aspects, elle "achète" aussi ses adhérents en leur faisant miroiter des avantages tarifaires (maximiles). Nouvelles dans le monde de la politique, elles n’ont néanmoins pas fait l’unanimité, ni parmi les internautes, ni du point de vue de certains professionnels. Pourquoi ? Certainement plus par la méthode que par la nature même de ces opérations. Cette stratégie offensive est très directement calquée sur celle du Parti Républicain. Karl Rove (le stratège des campagnes et des coups tordus de George Bush Jr n’a jamais caché qu’il s’inspirait du webmarketing de WalMart. Comme le fonctionnement de l’UMP, tout entier organisé autour de la figure du Chef, la stratégie Internet de l’UMP présente un caractère très centralisé et très vertical : les cybermilitants sont invités à relayer autour d’eux les messages de Nicolas Sarkozy Nicolas Sarkozy dispose, tous les matins, d’une note-synthèse qui résume les courriels reçus la veille et ce qui se passe dans la blogosphère. On l’a vu, habilement, répondre très vite, sur le blog de Mathieu Kassowitz, aux propos très durs du cinéaste sur le rôle du Ministre de l’Intérieur dans le déclenchement de la crise des banlieues. Et plus récemment expérimenter le podcasting. Alors que Nicolas Sarkozy explique, à qui veut l’entendre, que les blogs sont une contribution au débat démocratique, son principal conseiller politique, Manuel Aeschlimann, à Asnières, multiplie les procès pour faire taire les blogueurs d’asnierois.org. Et c’est sa suppléante, Joëlle Ceccaldi-Raynaud qui poursuit monputeaux.com devant les tribunaux. Retour sur une stratégie marketing qui s’étoffe mais qui reflète également « la stratégie du bulldozer » de l’UMP. Sur le blog webpolitique L’UMP invente le "caporalisme numérique" L’UMP pousse encore un peu plus loin son relationnel en ligne : L’achat de noms propres sur Google par l’UMP : pas vraiment légal... : Campagne de clics contre les pratiques commerciales de l’UMP : L’UMP gave les boîtes mails des internautes « Mlle Dupond, participez au débat pour 2007 », « Participez à la préparation du projet 2007 », « Devenez acteur du changement »... Qui a eu la chance d’éviter les appels du pied de Nicolas Sarkozy sur le web en septembre / octobre 2005 ? En effet, dès la rentrée 2005, l’UMP décide de lancer de vastes opérations d’e-mailing pas toujours très ciblées (2 millions de messages électroniques envoyés) et ne respectant pas vraiment la Netiquette. Au-delà de la question de l’objectif (recruter des nouveaux adhérents via le canal Web), c’est encore une fois la manière dont a procédé le parti de N. Sarkozy qui est détestable. Si à la direction de la communication de l’UMP, on se félicite : "les résultats de cette première étape ont été rassurants", indique Jean-Luc Bourget ; le malaise existe néanmoins à plusieurs niveaux. Les prestataires choisis par l’UMP font marche arrière : ImpactNet, qui collecte et héberge des bases d’adresses e-mail, fait savoir qu’il regrette d’avoir participé à cette opération. Maximiles, une société qui exploite un programme de fidélité multi-enseigne, annonce qu’elle suspend "la location d’adresses de ses membres à des associations politiques" De nombreux internautes expriment leur désaccord, jugeant qu’ils n’ont pas à être noyés sous les campagnes publicitaires de l’UMP sans avoir préalablement donné leur accord. Frédéric Couchet, notamment délégué général de l’April (Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre) dépose une plainte en justice en octobre 2005 La CNIL enfin, précise l’usage qui doit être fait du spam politique pour respecter la loi informatique et liberté. Sa position n’a que valeur de recommandation mais ne pas la respecter pourrait être considéré par un juge comme une collecte déloyale et puni jusqu’à 300.000 euros d’amende et cinq ans de prison selon une juriste de la CNIL. http://www.atelier.fr/e-marketing/recrutement,politique,ump,e-mailing,attaque,justice-30534-13.html Les campagnes d’achat de mots clés dans Google Au cœur de la crise des banlieues en novembre dernier, l’UMP poursuit ses opérations offensives et provocatrices en ligne. Souscrivant au programme Google Adwords, le parti de la majorité achète des mots clés comme « banlieues », « voitures brûlées », « insécurité »,... Une fois encore, la direction du parti, via son gourou du web Arnaud Dassier, se félicite : « Nous avons des taux de clics bien supérieurs à la moyenne, avec des pointes à 10% ou 15% parfois ». Cependant, le terme « racaille » fait aussi partie de la liste ; ce qui soulève une nouvelle fois l’indignation de nombreux internautes qui considèrent que Nicolas Sarkozy remet de l’huile sur le feu. L’UMP se défend en désignant le système de Google comme responsable ; celui-ci proposant automatiquement selon l’UMP une liste de synonymes pour lequel le lien sponsorisé apparaîtra également. Après vérification sur Google, la requête « banlieue » ne propose comme synonymes que "quartiers" ou "cités"... Depuis fin janvier 2006, l’UMP remet ça et joue encore avec les lois et le respect d’autrui. La requête « Jack Lang » est achetée, affiliant ainsi le nom de l’ancien ministre socialiste au parti de Nicolas Sarkozy. J. Lang réagit immédiatement sur son blog : « La question se pose légitimement de savoir si ce type de détournement de trafic est un procédé digne d’une formation politique qui aime prôner le respect ». Netizen, nouveau magazine consacré aux blogs, a également fait les frais de cette nouvelle campagne. A l’heure où des décisions de justice sur la contrefaçon des marques sur Internet se multiplient (*), ces pratiques reflètent une fois de plus le caractère malhonnête et pas très éthique des conseillers en communication web de l’UMP. Au PS la ligne est claire, oui à l’achat de mots clés liés à l’actu s’ils ne sont pas insultants et non à l’achat de noms propres ou d’organismes. Nous rappelons aux blogs et sites socialistes qui participent au programme Google Adsense, qu’ils peuvent ou bien exclure les liens UMP de leur site à l’aide du panel "Filtre des annonces de la concurrence" ou bien ajouter un commentaire au-dessus de ces liens du type "camarade, si tu vois un lien commercial de l’UMP sur mon site, n’hésite pas à cliquer dessus ainsi tu contribues au financement d’un site socialiste par l’UMP" ! * Google a été condamné pour avoir permis, sans vérification préalable, à des annonceurs de réserver les noms de marque de sociétés concurrentes. Les sociétés Bourse des Vols, des Hôtels Méridien, ou encore LVMH ont obtenu des dommages et intérêts pour contrefaçon de marque. Plus récemment, des annonceurs ont également été condamnés sur le même fondement. http://www.jacklang.net/rubriques/article3.php3 ?id_article=1049 http://aixtal.blogspot.com/2005/11/e-pub-google-et-les-banlieues.html http://www-org.france5.fr/asi/007548/11/129997.cfm http://www.pointblog.com/netizen/archives/netizen_et_lump.htm#comments http://aixtal.blogspot.com/2006/01/e-pub-lump-achte-netizen.html Une approche multi-canaux efficace Si les campagnes dites « de recrutement » souffrent des travers dont on vient de parler, force est de constater que les actions de « fidélisation » sont plutôt bien orchestrées. Dernier exemple en date : les vœux de Nicolas Sarkozy. Le 10 janvier 2006, 70.000 adhérents de l’UMP ont reçu, par SMS, un message de N. Sarkozy leur souhaitant une bonne année et les incitant à regarder ses vœux à la presse 2 jours plus tard, en direct sur le site de l’UMP. Ici, tout y est :
.../... Une stratégie multi-canaux que le Parti Socialiste devra très rapidement adopter également, de manière à mieux exploiter les avantages des médias électroniques. http://blog.netpolitique.net/index.php/2006/01/11/211-lump-envoie-70000-sms-a-ses-adherents Fidélisation et approche communautaire L’UMP compte aller plus loin dans la fidélisation de ses adhérents sur Internet. Le parti prévoit en effet des programmes de fidélisation et de parrainage destinés à récompenser les cyber-militants les plus méritants. Reste à savoir comment le « mérite » sera calculé et quelle seront les récompenses mais l’approche mérite de s’y intéresser. La vision très verticale (tous derrière Sarkozy) des opérations de communication en ligne de l’UMP contraste avec le réseau de soutien qui se développe sous une forme plus communautaire. Cybermilitant regroupe notamment des informations sur l’UMP, des outils militants pour Internet et une plate-forme de blogs. La communauté organisée sur la plate-forme Affinitiz (http://sarkozy.affinitiz.com) mérite également une attention particulière. Elle incite notamment les membres de la communauté à créer pour chaque ville un groupe formé et organisé sur un site dédié (villepoursarkozy.affinitz.com), permet une mise en commun de ressources permettant de militer en ligne pour N. Sarkozy. Ces deux entités ne sont pas gérées directement par la direction de l’UMP mais leur approche communautaire, en réseau, doit attirer notre attention. http://www.01net.com/editorial/299396/societe/les-partis-politiques-font-leur-marketing-sur-internet/ http://www.cybermilitant.com/ Les nouveaux adhérents : marqués à droite, franchement sarkozystes, peu motivés par l’engagement politique L’UMP a confié a IPSOS la réalisation d’une enquête sur les nouveaux adhérents de l’UMP. Principaux résultats : une structure sociodémographique complètement décalée par rapport à la population réelle. Peu de jeunes : seuls 21% ont moins de 35 ans. Ils sont plus largement retraités que l’ensemble des Français (36 % contre 23 %), plus souvent cadres supérieurs (15 % contre 7 %) et moins ouvriers (3 % contre 16 %). Ils sont plus âgés que la population française : les 45-49 ans représentent 47 % des nouveaux adhérents, alors qu’ils ne pèsent que 36 % chez les Français en général. En fait, les nouveaux adhérents de l’UMP ont tendance à ressembler à son président. Ils se positionnent très clairement à droite. Lorsqu’on leur demande de se situer sur une échelle gauche droite allant de 0 à 10, 83% se positionnent entre 7 et 10 : l’identité politique de droite est clairement revendiquée et assumée par ces nouveaux adhérents. 78% d’entre eux ont adhéré en raison de la personnalité et du discours de Nicolas Sarkozy. Les nouveaux adhérents de l’UMP semblent très moyennement soucieux de s’impliquer dans la vie publique. Ils aspirent surtout à voter pour désigner le candidat à l’élection présidentielle (85%) . Seuls la moitié d’entre eux envisagent d’assister à des meetings (54%) ou participer à des débats d’idées (43%). Une faible minorité de ces nouvelles recrues se dit prête à coller des affiches ou distribuer des tracts (18%) ou encore tenir une permanence (15%). Seuls 13% d’entre eux envisagent de participer à des chats ou à des forums sur le site Internet de l’UMP. L’UMP recrute des adhérents "sarkozystes" http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1726.asp ?rubId=19 Les tableaux : http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/images/1726/diaporama.htm
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