![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
||
|
|
Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Chroniques > Voir loin agir proche. La chronique de Christian Sautter > Feu la Société des Nations | |
|
|
||
|
VOIR LOIN, AGIR PROCHE. LA CHRONIQUE DE CHRISTIAN SAUTTER mardi 25 février 2003 Imprimer cet article | Cet article au format PDF De l’excellente biographie de Hirohito, empereur du Japon de 1926 à 1989, écrite par Herbert Bix, je tire quelques réflexions d’une brûlante actualité. Peu se souviennent qu’en août 1928, la diplomatie américaine fit adopter, avec l’appui de la France, un "Traité général de renonciation à la guerre", dit Pacte Briand-Kellogg. Comme tous les signataires, le Japon renonçait à utiliser la guerre comme un instrument de politique nationale et promettait de trancher tous les désaccords par des moyens pacifiques. Je cite Bix : "En signant le Pacte Briand-Kellogg, le gouvernement japonais acceptait que le concept de guerre agressive fût un crime reconnu contre la loi internationale" (page 221 de l’édition anglaise). La crise de 1929 survint peu après et l’armée japonaise fit un coup de force en Mandchourie le 18 septembre 1931, qui fut avalisé a posteriori par l’Empereur et le gouvernement nippon. La Société des Nations (SDN), née de la première guerre mondiale et bras séculier pour faire respecter le fameux Pacte, ordonna au Japon de retirer ses troupes des territoires chinois envahis, avant le 16 novembre 1931, ceci à l’initiative du Secrétaire d’Etat américain de l’époque. Le 16 novembre passa, sans que rien ne se produisit, sauf une poussée accentuée des troupes japonaises au nord-est de la Chine et des protestations d’innocence de Tokyo, arguant que l’armée ne faisait que se défendre contre les provocations des patriotes chinois. Le Japon quitta la SDN en mars 1933 et poursuivit son invasion de la Chine, y compris les massacres de Nankin (1937) et attint l’apogée de son agressivité dans l’attaque surprise de Pearl Harbor (1941). Aucune sanction ne fut prise en 1931 par la communauté internationale contre un pays manifestement agressif, qui dépendait pourtant complètement des importations de pétrole et de ferrailles pour faire tourner son économie et entreprendre un gigantesque effort d’armement. Ce fut la première défaite de la paix et de la SDN. Hitler porta le coup de grâce à la SDN quand il entreprit la remilitarisation de la Rhénanie en 1936, sans qu’aucune sanction ne fut prise contre un Etat nazi encore dépourvu de moyens militaires suffisants. La Société des Nations fut donc anéantie par la passivité des démocraties, empêtrées dans la crise économique, qui n’ont su répondre à l’aggressivité de trois Etats fascistes ou fascisants, le Japon, l’Allemagne et l’Italie de Mussolini (qui envahit l’Ethiopie en 1936), auxquels on peut ajouter l’Espagne après le coup d’Etat de Franco. Venons-en aux Nations-Unies qui sont aujourd’hui à un tournant, peut-être fatal de leur histoire. La guerre du Koweit (1991) s’inscrit tout à fait dans la logique de paix de la SDN, réapparue après la deuxième guerre mondiale, comme le phénix, sous la forme des Nations-Unies. Cette guerre a été la réponse juste de la communauté internationale à une "guerre agressive" lancée par l’Irak de Sadam Hussein sur son petit voisin, faible en armes mais fort en pétrole. La deuxième guerre d’Irak, celle à venir en 2003, est complètement différente de la première. C’est une "guerre préventive" pour le gouvernement américain, et ce concept de "guerre préventive" n’est pas éloigné de celui de "guerre agressive" qui inspirait le pacte Briand-Kellogg. Car ce concept caoutchouteux peut justifier toutes les opérations de police ou de conquête coloniale que la plus riche démocratie du monde pourrait décider d’entreprendre. Les médias parlent de la "diplomatie du dollar" utilisée par Washington pour convaincre les membres récalcitrants du Conseil de sécurité de voter une deuxième résolution qui donnerait blanc-seing pour une expédition déjà décidée. Et il est vrai que peu de pays peuvent résister au chantage au pétrole ou à l’accès au marché américain, le plus prospère du monde. La Chine tergiverse. La Russie s’interroge probablement. et le couple franco-allemand tient bon pour l’instant. L’enjeu est pourtant clair. Faut-il laisser la plus grande démocratie du monde, traumatisée par l’attentat du 11 septembre 2001, mettre à bas le peu qui reste d’ordre international, soit en humiliant soit en ignorant les Nations-Unies ? Comment calmer un ami, ivre de colère, qui va commettre un acte coupable, qu’il regrettera peut-être, une fois dégrisé ? La France de Jacques Chirac, en défendant le droit international, est dans la grande tradition d’Aristide Briand, ce visionnaire qui ne voulait utiliser la force que pour défendre la paix. Cette filiation est inattendue mais plutôt réconfortante. Espérons que ce courage français pour la paix et contre la guerre injuste résistera aux orages des semaines à venir. Christian Sautter
|
||
|
|
||