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Vous êtes ici : Accueil > Dossiers et débats > Chroniques > Voir loin agir proche. La chronique de Christian Sautter > Les nouveaux entrepreneurs de la qualité urbaine | |
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mardi 18 février 2003 Imprimer cet article | Cet article au format PDF Je tiens chaque mois une permanence citoyenne" d’élu à la Mairie du 12è arrondissement. Y viennent surtout des demandeurs de logements, de papiers en règle, de places de crèche. J’aide ces personnes dans le besoin en écrivant aux diverses autorités qui répondent en général qu’elles étudient soigneusement le dossier. Cela peut suffire parfois à débloquer des situations inextricables. Cela me sert surtout à me souvenir que les meilleurs outils, budgétaires et autres, ne sont pas des fins en soi mais des instruments de solidarité et de prospérité. A la permanence de janvier est venu Charles S., cadre de 49 ans et chômeur de longue durée. Cet homme digne, victime des compressions d’effectifs des années 1990, a envoyé des milliers de lettres, sans réponse positive. A l’évidence, il veut travailler et, à l’évidence, il n’a rien trouvé. A quelle autorité envoyer Charles S. ? Au préfet, qui représente l’Etat en charge de la politique de l’emploi ? Il l’orientera vers l’ANPE (Agence nationale pour l’emploi), dont notre candidat connaît par cœur les bureaux. Au président de la Région Ile-de-France, dont la prochaine loi sur la décentralisation va confirmer le rôle pilote dans le développement économique local ? Au mieux, les services de la Région proposeront un nouveau stage de formation. Puisque ces deux acteurs de premier rang semblent insuffisants, il reste la Ville et le département de Paris, où le Maire-Président du Conseil général m’a confié la responsabilité d’Adjoint au développement économique et à l’emploi, en sus de la fonction plus connue d’Adjoint aux Finances. Que puis-je faire pour Charles S. ? Il y a tant de Charles S. à Paris. Dans la progression de 18% du chômage entre novembre 2001 et novembre 2002, ce sont les cadres qui ont été les plus exposés, avec plus de 30% de hausse et un bon tiers du chômage total. On constate aussi un noyau dur de chômage de longue durée (un tiers aussi du chômage total) où les cadres dans la cinquantaine sont probablement nombreux. L’évolution défavorable de l’emploi est une première explication. Selon les recensements - seule source fiable sur longue période - l’emploi parisien a été stable de 1982 à 1990, puis a plongé brutalement ensuite : 215 000 emplois ont été perdus entre 1990 et 1999. Les enquêtes régionales sur l’emploi indiquent une chute de 9% des emplois parisiens entre 1989 et 1993, puis une érosion de 4% entre 1993 et 1998, suivie par un rebond spectaculaire de 7% de l’emploi à Paris entre 1998 et 2000, dont le bénéfice a dû être, en grand partie, perdu depuis. La redistribution de l’emploi dans la région parisienne est une deuxième explication. Les activités manufacturières ont quitté Paris. L’artisanat (du meuble par exemple) a suivi. L’industrie financière a partiellement migré vers la Défense (et Londres). Les grandes surfaces et les activités de logistique se sont développées en banlieue. La montée des prix des terrains et des loyers commerciaux a chassé de la capitale de nombreuses activités qui produisent trop peu de valeur ajoutée au mètre carré. Mais attention, il n’y a pas de lien mécanique entre l’emploi parisien et le chômage parisien, ce qui complique notre puzzle. A Paris travaillent une majorité de non-Parisiens (972 000 sur les 1 655 000 emplois de 1999). Et si les deux-tiers des Parisiens actifs travaillent à Paris (683 000 en 1999), un tiers des actifs de la capitale franchissent le périphérique deux fois par jour pour gagner leur vie hors de Paris. Revenons à Charles S.. A l’évidence, il a du mal à trouver du travail dans les points forts de Paris :
Y a-t-il une autre approche du problème de Charles S. ? Je le crois, en explorant trois pistes.
Et que manque-t-il le plus pour reprendre des commerces vieillissants, pour créer des entreprises d’insertion, pour fonder des associations marchandes ? Ce n’est pas l’argent, car de nombreuses personnes âgées, par exemple ont le pouvoir d’acheter des services à prix raisonnables qui leur permettraient de continuer à vivre chez elles, dans leur quartier. Ce qui manque le plus, ce sont les nouveaux entrepreneurs de la qualité de vie urbaine. N’est-ce pas là une voie d’avenir pour les anciens cadres que les grandes entreprises ont rejetés, au hasard des soubresauts perpétuels de leurs restructurations ? On peut devenir entrepreneur à tout âge. De nombreux chômeurs, cadres et non cadres, le prouvent tous les jours. Il faut le faire savoir et donner aux volontaires le bagage indispensable pour ce métier difficile. Associations, services municipaux, fonctionnaires de l’Etat et de la Région, retraités bénévoles, prouvons ensemble que, parmi les Charles S. de Paris, beaucoup ont un avenir d’entrepreneur dans les services de proximité. Christian Sautter
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